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Commentaires Septembre 2026

Commentaires Nr. 42

Francfort, 30 septembre 2026

Après les élections régionales allemandes et avant les élections en France, une chose est sûre : les partis

traditionnels sont en perte de vitesse. En Allemagne, l’AfD, Die Linke et le BSW ont doublé leur score et

totalisent près de 50 % des voix : Die Linke arrive en tête dans une région (à Berlin), l’AfD dans les deux autres

(en Mecklembourg-Poméranie occidentale et en Saxe-Anhalt), tandis qu’en France, la seule question qui se

pose désormais est de savoir qui Marine Le Pen affrontera au second tour. Avec une différence de taille : le

changement de majorité s’opère progressivement en Allemagne, grâce au fédéralisme, mais d’un seul coup en

France.

Le fait que la situation économique s’améliore n’a ici aucune importance. En Allemagne, le revenu moyen a

encore augmenté, pour atteindre 4 851 euros bruts par mois. En 2020, il s’élevait à 3 975 euros. Le taux de

chômage, qui s’élève à 6,4 %, est nettement inférieur au pic de 11 % atteint en 2005. Et dans l’Est, il est

presque aussi bas que dans l’Ouest. En France également, le salaire moyen n’a cessé d’augmenter pour

atteindre désormais 3 640 euros (contre 3 300 euros en 2020). Le chômage a également baissé, passant de

10,5 en 2015 % à 7,5 % en 2025. iDans les deux pays, somme toute une évolution très positive, qui n’est

pourtant pas perçue comme telle.

Bien au contraire : les inquiétudes grandissent ! Les populations sentent que les systèmes sociaux ne sont plus

finançables en l’état, notamment du fait de l’évolution démographique. Les populistes bercent d’illusions : pas

de coupes budgétaires, davantage d’aides financières, et et font miroiter des solutions sans rapport avec la

réalité, l’immigration en tête.

Que tout cela ne soit pas finançable importe peu. Les marchés financiers en revanche tendent l’oreille La

question se pose en effet aujourd’hui de savoir si la France, avant et en raison de l’élection présidentielle,

pourrait provoquer une nouvelle crise de l’euro.

« L’Allemagne est prise au piège des taux d’intérêt », écrit Johannes Pennekamp dans le quotidien FAZ. « Tant

que le taux de croissance de l’économie est supérieur au taux d’intérêt de la dette publique, il n’y a pas lieu de

s’inquiéter outre mesure de l’accumulation croissante de la dette ». Or, l’Allemagne s’endette désormais à un

taux de 3,6 % pour un taux de croissance de 1,5 %, et la France à 4,8 % pour une croissance en baisse trimestre

après trimestre, qui n’atteint plus que 0,4 %.

A 4,8 %, la France doit payer plus cher pour ses obligations d’État à 10 ans que l’Italie ou la Grèce. La nervosité

croissante des marchés financiers se traduit par l’écart grandissant entre les rendements allemands et français

: celui-ci est passé de 0 (!) pendant la crise du coronavirus à 1,2 %.

Cette hausse des taux d’intérêt laisse des traces profondes dans les budgets : avec un poids de la dette en

hausse, il est tout simplement impossible de « continuer ainsi » en matière de dépenses. Rien que la charge

d’intérêts en France est passée de près de 30 milliards entre 2020 à 91 milliards en 2027, pour atteindre 124

milliards en 2030. En une décennie, 100 milliards de dépenses supplémentaires ! À titre de comparaison : le

budget de la Défense s’élève à 55 milliards d’euros. En Allemagne, la charge d’intérêts dans le budget fédéral

devrait augmenter de 70 milliards (passant de 10 à 80 milliards, pour un budget de la Défense de 110 milliards,

soit le double de celui de la France).

Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement Lecornu veuille, ou plutôt doive, procéder à des coupes

budgétaires d’un montant de 54 milliards d’euros afin de ramener le déficit budgétaire à 5 % (!). Le chemin vers

un « déficit raisonnable » est long et s’annonce douloureux. Les Français seraient même prêts à cela : 85 %

d’entre eux sont favorables à une réduction de la dette publique, selon le dernier sondage réalisé par l’institut

Elabe pour « Les Echos » le 2 septembre 2026. Plus de la moitié considèrent même que cette réduction est très

urgente (il y a trois ans, ils n’étaient que 25 % ! À juste titre !

Il est inquiétant de constater que Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen ont réussi à faire passer la question de

l’assainissement budgétaire au second plan chez tous les candidats.

Les populistes parviennent à concentrer l’attention sur les enjeux nationaux et à occulter la dimension

européenne indispensable pour nous affirmer dans le monde. Les partis traditionnels ne trouvent pas d’issue à

ce « piège national ».

(Milliards

d’euros)

Aides totales

Financières

Humanitaires

Militaires

ÉTATS-UNIS

115,4

(119)

47,3

(50)

3,5

(3,4)

64,6

(65,6)

GB

22,5

(33,9)

5,2

(7,0)

1,5

(1,5)

15,9

(25,3)

Japon

12,2

(18,8)

10,4

(16,1)

1,7

(2,6)

0,1

(0,1)

TOTAL UE

(yc Commission)

205,9

(337,54

94,2

(136,5) (*)

16,0

(17,6)

94,4

(183,3)

Allemagne

30,6

(47,7)

1,7

(1,7)

4,1

(4,1)

24,9

(42,0)

France

7,9

(10,3)

0,8

(0,8)

0,9

(1,0)

6,2

(8,6)

Pologne

5,9

0,9

0,5

4,5

Pays-Bas

10,7

0,7

1,1

9,4

Danemark

11,6

0,1

1,0

10,5

Après l’échec du projet SCAF, les deux gouvernements se sont mis d’accord sur un petit

dénominateur commun-une fois de plus. Lors du Conseil franco-allemand de défense et de sécurité

(juillet 2026 à Nörvenich), il a été décidé d’étudier des projets communs pour les missiles d’une

portée de 2 500 km. Mais l’étude ne suffit pas : il est grand temps de renoncer aux initiatives

nationales isolées, comme dans les domaines de la défense spatiale et aérienne ou des drones. Un

luxe qui n’est pas compatible avec la situation financière. Aussi est-il regrettable que Friedrich Merz

ne se soit pas rendu à l’invitation au sommet spatial de Paris et que l’Allemagne préfère, à moyen

terme, SpaceX au programme européen IRIS.

Les Européens observent avec stupéfaction la manière dont la Russie nous met de plus en plus à

l’épreuve. La guerre hybride comprend des ingérences directes dans nos structures politiques

(financement des populistes, cyber-attaques contre les parlements et les ministères…) et la

multiplication des violations de frontières, notamment dans les pays baltes, mais aussi sur le sol

allemand, comme l’illustre récemment l’attaque par drone à l’aéroport de Leipzig.

Les États-Unis nous ont tourné le dos depuis longtemps : depuis la réélection de Trump, pas un

centime américain n’a été versé pour la défense de l’Ukraine, et c’est l’Europe qui finance l’achat de

systèmes d’armement américains.

Dons (promesses de dons) à l’Ukraine

Source : Kieler Institut für Weltwirtschaft, Ukraine support Tracker, données au 30 juin 2026

Nous devons être conscients que la résistance courageuse de l’Ukraine nous donne le temps de nous

défendre. Mais le temps passe littéralement plus vite qu’on ne le pense. Nous n’avons pas le temps !

 

Christophe Braouet